Ventre stress

200 millions de neurones connectés tapissent notre ventre. Ces neurones règnent sur une colonie de cent mille milliards de bactéries, qui influenceraient notre personnalité et nos émotions.

« Il manque de tripes », « la peur au ventre », « des papillons dans l’estomac »… Autant d’expressions qui témoignent du rôle central accordé à notre ventre. S’agit-il de vérités ou de simples idées reçues ? Certaines découvertes technologiques nous proposent des outils pour le comprendre. La microbiologie par exemple, avec notamment les études du docteur Michael Gershon, de l’Université Columbia de New-York, qui se surnomme le « Léonard de Vinci de vos entrailles »[1]

Le rôle essentiel du système digestif

Interviewé sur France Inter, Michel Neunlist, Directeur de recherche à l’Inserm de Nantes explique : « C’est l’organe essentiel à la survie de l’ensemble des organismes. Sans tube digestif on ne vivrait pas parce qu’on n’arriverait pas à absorber nos nourritures et en même temps il nous protège (…). L’ensemble de la régulation de ces fonctions ne peut être réalisée que par un système nerveux situé au sein même de notre tube digestif (…). Même si notre cerveau peut moduler certaines fonctions digestives, il n’en est pas l’acteur principal »[2].

Michel Neunlist ajoute que pour être considéré comme cerveau, un organe doit contenir des neurones, qui remplissent certaines fonctions : ils doivent être capables de détecter les modifications environnementales, d’initier un programme moteur et ensuite d’arrêter ce programme moteur. Et de conclure « le système nerveux contenu dans le tube digestif remplit tous ces critères ».

Quand notre ventre joue sur nos émotions : et si notre cerveau n’était pas seul maître à bord…

Le cerveau du ventre (dit cerveau entérique), produit 95 % de la sérotonine, un neurotransmetteur qui participe à la gestion de nos émotions.

Les découvertes récentes en microbiologie montrent non seulement la présence de neurones dans le système digestif, mais aussi d’astrocytes et de neuromédiateurs : c’est le même langage que votre cerveau. Et ces deux organes communiquent entre eux !

Intéressez-vous à la sensation de faim par exemple : certaines personnes déclarent avoir le « ventre noué » ou ne rien pouvoir avaler à cause du stress… Le cerveau influe ainsi sur la régulation de l’appétit. C’est parce que les quelques deux cents millions de neurones qui veillent sur notre digestion échangent des informations avec notre tête.

Les bactéries en action : un cerveau sous influence ?

Il n’y a pas seulement des neurones dans notre système digestif, mais cent mille milliards de bactéries.

Des expériences récentes témoignent de leur impact sur notre personnalité : « Une souris stérile sans aucune bactérie se comporte de façon très étrange : elle prend des risques, elle est presque irresponsable. Quand vous mettez des bactéries dans le ventre de ces souris, leur comportement change, elles ne prennent plus autant de risques, elles deviennent très prudentes. Peut-être que les bactéries disent nous voulons survivre, donc vous avez intérêt à bien vous comporter » explique le docteur Stephen M. Colins, Universté MacMaster, Canada[3].

Des parasites qui engendreraient une modification du comportement, cela vous étonne ? De nombreux exemples le confirment pourtant. Le parasite de la toxoplasmose notamment : des études[4] montrent qu’une souris porteuse change de comportement au point de ne plus avoir peur des chats, prédateurs naturels.

Un espoir thérapeutique

Pour réaliser son documentaire et comprendre l’impact du ventre sur notre comportement, Cécile Denjean a rencontré une quinzaine d’intervenants (universitaires, chercheurs, scientifiques…) partout dans le monde (France, Etats-Unis, Chine, Belgique, Canada…)[5]. Interviewée par le quotidien Le Monde[6], la journaliste explique « On s’est aperçu que la maladie de Parkinson, qui s’attaque aux neurones du cerveau, s’en prend aussi à ceux du ventre. Cette maladie neurodégénérative démarre longtemps avant que les premiers troubles moteurs n’apparaissent. Or, quand les tremblements surviennent, il est trop tard puisque 70 % des neurones sont déjà détruits. Si on arrivait à diagnostiquer Parkinson dix à vingt ans plus tôt par une simple biopsie intestinale de routine, cela pourrait permettre d’anticiper sur la destruction de neurones »

Ces études restent récentes et doivent donc être analysées avec précaution, leurs résultats n’en sont pas moins prometteurs. Affaire à suivre !

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[1] Documentaire « Le ventre, notre deuxième cerveau » réalisé par Cécile Denjean, avec la participation des équipes de l’IMAD du CHU de Nantes, a reçu le Grand Prix du festival international du film scientifique Pariscience
[2] Michel Neunlist, Directeur de recherche à l’Inserm de Nantes interviewé sur France Inter, émission La Tête au Carré du 27/10/2014 http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=992504
[3] Documentaire « Le ventre, notre deuxième cerveau » réalisé par Cécile Denjean, avec la participation des équipes de l’IMAD du CHU de Nantes, a reçu le Grand Prix du festival international du film scientifique Pariscience
[4] La toxoplasmose modifie en profondeur le jeu du chat et de la souris http://www.futura-sciences.com/magazines/sante/infos/actu/d/sante-toxoplasmose-modifie-profondeur-jeu-chat-souris-49074/
[5] Lire aussi Le ventre, notre deuxième cerveau de Cécile Denjean, Arte Editions, Tallandier, 2014
[6] « Le ventre, notre deuxième cerveau », Le Monde, 31/01/12014 dans Le Monde
http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/01/31/le-ventre-notre-deuxieme-cerveau_4354317_3246.html#pHMALjy1ufkRTQpp.99

L’intelligence du ventre : un deuxième cerveau ?
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